Musique d’ambiance : https://www.youtube.com/watch?v=sGkh1W5cbH4

Intention du Chapitre

Skarsgård n’est pas silencieuse parce que ses habitants se terrent. Elle est silencieuse parce qu’il n’y a plus personne.

Vous émergez d’une carcasse sans mémoire, sans identité, avec seulement des réflexes musculaires que la mémoire n’explique plus.

Le village est un théâtre abandonné en pleine répétition. Chaque objet est un réceptacle de vérité — les objets ici ne décorent pas, ils témoignent. Ils n’attendent pas d’être interrogés : ils interpellent depuis l’autre bout d’une pièce, ils réveillent des réflexes musculaires que la mémoire n’explique plus, ils déclenchent des conversations intérieures avec le passé que les joueurs n’ont plus accès rationnellement.

Ce chapitre est une archéologie de soi à travers les ruines matérielles d’une utopie détruite.


Chronologie des Événements (pour le MJ)

QuandÉvénement
Il y a 3 joursLa créature s’échoue. 10 villageois écrasés.
Il y a 2 jours, matinOndrej neutralise la bête avec une charge de dimeritium.
Il y a 2 jours, après-midiKaspar et les PJs arrivent. Les PJs pénètrent dans la carcasse.
Il y a 2 jours, nuitLes pêcheurs découpent la bête. Nuage neurotoxique. Les PJs perdent conscience.
Il y a 1 jour, aubeKaspar extrait les corps, charge son chariot, abandonne les PJs.
Il y a 1 jour, journéeOndrej évacue le village. Les villageois fuient vers le Refuge de Pierre Grise.
Il y a 12 heuresOndrej fuit après les premiers signes de convergence des nécrophages.
MAINTENANTLes PJs se réveillent. Skarsgård est désert. Les nécrophages approchent.

Scène 1 : Les Quais Pétrifiés

Le vent mord. Il vient du nord, portant avec lui l’odeur de sel et de chair décomposée. La carcasse de la bête domine le rivage comme une cathédrale effondrée — trente mètres de chair grisâtre et de chitine brisée, écrasant trois maisons. Les poutres fracassées percent les flancs comme des côtes exposées. La bête et le village se sont enlacés dans la mort.
Dix corps alignés sur le sable gelé. Pêcheurs, femmes, un gamin d’une dizaine d’années. Personne ne les a couverts. Personne n’est resté pour veiller les morts. Combien sont encore sous la masse ?

Le village est désert. Pas mort — interrompu. Les portes battent au vent. Sous les auvents, les poissons séchés se balancent dans le silence avec la régularité d’un pendule funèbre.


🗡 LA TOUPIE — la mémoire du vivant

Dans la main raide du gamin mort, un jouet en bois. Sculpté maladroitement — quelqu’un a travaillé longtemps sur cet objet, avec amour plutôt qu’avec talent. La toupie ne réclame rien à grands cris. Elle est simplement là, serrée dans une petite paume blanche, et depuis là elle rayonne vers vous avec la force tranquille d’une accusation que personne ne prononce.

Monologue intérieur (Enragé)

Vos yeux restent sur le gamin plus longtemps qu’ils n’auraient dû. Vous ne savez pas pourquoi. Vous n’avez aucun souvenir d’enfant, de perte, de rien. Mais vos genoux ont voulu fléchir et vous les avez arrêtés avec une violence musculaire qui vous a surpris vous-même. Vous avez déjà vu des morts. Beaucoup. Votre corps le sait. Mais votre corps sait aussi que celui-là est différent, et il refuse de vous dire pourquoi.


🗡 LE SEL ET LE SANG — la matière qui conserve

Le chariot renversé près du quai a répandu sa cargaison de sel sur les pavés. Mais le sel n’est pas blanc. Il est brun, croûteux, gorgé de quelque chose de plus sombre. Le minéral a fait son travail : il a bu le sang pour l’empêcher de disparaître, et maintenant il vous l’offre comme une archive géologique.

TestSeuilRévélation
Attention6Les traces de pas dans le sel partent dans toutes les directions. C’était une fuite désordonnée — pas une évacuation organisée. Une panique.
Médecine ou Pistage10Le sang au centre du tas n’est pas tombé d’une blessure : il a été versé, d’un seau ou d’un contenant. Quelqu’un essayait de nettoyer le quai quand la panique a éclaté.
Alchimie14Le sang mêlé au sel n’est pas du sang de pêcheur blessé. L’odeur est puissante. C’est du sang de la bête — dilué dans de l’eau de mer. Cette odeur lourde pourrait attirer les prédateurs.

Monologue intérieur (Enragé)

Vous connaissez l’odeur du sang froid. Mais ici, il y a autre chose — l’odeur de la panique collective, celle de dizaines de corps en sueur qui courent et se marchent dessus. Votre corps se tend. Il sait que la chose qui a fait fuir tout un village n’était pas la carcasse de la bête. C’était quelque chose d’autre.


🗡 LA BÂCHE GOUDRONNÉE — le rideau d’un mauvais théâtre

Sous le vent, une lourde toile goudronnée claque contre un bollard (=borne d’amarrage). Elle dissimule un monticule au bord du quai. Elle remue avec l’indécence d’un linceul qui refuserait de rester couché.

En soulevant la bâche, les joueurs trouvent un tas d’objets soigneusement séparés en deux piles distinctes :

Pile A — Vêtements de marins déchirés, filets de pêche en lambeaux, une écuelle de bois fendue.

Pile B — Une botte noble fourrée avec motif de griffon brodé. Un baudrier militaire de haute qualité aux coutures renforcées. Une bourse pleine de pièces.

TestSeuilRévélation
Perspicacité10Ce n’est pas un pillage — l’or est encore là. C’est un tri. Quelqu’un séparait les éléments de valeurs des éléments sans intérêts avant d’être interrompu.
Fouille10La botte porte un motif de griffon brodé ; le baudrier, une épée aux reflets argentés. La bourse contient des bizants kovirois.
Tradition10Creyden était vassal de Kovir et Poviss. Ces armoiries appartiennent à quelqu’un de rang noble ou militaire de la Ligue de Hengfors.
Tradition14

18 | Ces couleurs et ce griffon — maison Creyden. Le fermoir en argent massif, finement ciselé en forme de tête de griffon indique l’équipement d’un combattant émérite.

Certainement Borivoj, Champion de Creyden. |

Contexte

La Ligue de Hengfors, aussi appelée Ligue de Niedamir, était autrefois une région de Kovir et Poviss connue sous le nom des Marches de l’Est. A la suite de la sécession de Poviss sous le règne du roi Baldwin Thyssen, Kovir perdit également le contrôle des Marches de l’Est. «La nuit des couteaux et des torches» permit à son fils le Esterad Thyssen de revenir sur le trône de Kovir et Poviss, mais les Marches de l’Est restèrent indépendantes jusqu’à leur unification par le roi Niedamir de Caingorn. La Ligue de Hengfors, du nom de sa capitale, regroupe ainsi les royaumes de Caingorn, Malleore et Creyden. La région est située entre les Monts des Dragons et les Monts Crécerelles sur la Braa.

Source : https://sorceleur.fandom.com/wiki/Ligue_d’Hengfors


Scène 2 : La Maison du Maire Torben

La maison la plus grande du village. Un écriteau de bois planté non loin de la porte — Torben Vaasen, Maire et Arbitre — gravé par une main qui croyait encore que ces mots avaient de l’importance.

La porte est ouverte. Pas forcée — ouverte comme on ouvre une porte quand on part vite et que la terreur perturbe les habitudes. À l’intérieur, une cheminée froide. Une lampe à huile renversée mais pas brisée — quelqu’un a eu le réflexe de la reposer à moitié, même dans la fuite. Des papiers éparpillés sur un bureau comme des pensées interrompues.


🗡 LE REGISTRE DES HABITANTS — le livre qui connaît leurs noms

Un grand registre de cuir, ouvert à la dernière page sur le bureau. Les annotations en marge sont serrées, personnelles — ce n’est pas un document administratif, c’est un journal de communauté.

TestSeuilRévélation
Éducation6Le registre liste 40 noms avec dates d’arrivée. Annotations :
“An 1258 – Fondation. Trente déserteurs."
"An 1260 – Première naissance : Érik."
"An 1265 – Le cartographe a accepté.”
Perspicacité10Chaque nom a une petite note personnelle en marge :
“A du mal avec les hivers”,
“Chante pour ses enfants le soir”,
“Ancien forgeron de Temeria, refuse d’en parler”.

Quelqu’un a pris le temps de voir ces gens. |

Monologue intérieur (Archiviste)

Vous tenez le registre. Vos mains parcourent les colonnes méticuleusement — vérification des doublons, contrôle de la chronologie, repérage des anomalies. Vous avez tenu des registres comme ça. Pas des registres de pêcheurs. Des registres de sujets. Des noms suivis de numéros de protocole. La même écriture méticuleuse. Le même soin apparent. La même façon de traiter un être humain comme une entrée dans une base de données. La différence, c’est que Torben semblait aimer ses sujets.

Monologue intérieur (Rapide)

Votre regard s’arrête sur une entrée : “An 1265 — Aucune trace dans les registres officiels. Village inexistant pour l’État.” Votre métier consistait à trouver exactement ce genre d’endroit. Les trous dans les registres officiels, les blancs dans les cartographies, les absences dans les rapports de patrouille. Vous auriez pu trouver ce village en cherchant exactement ce genre de silence administratif.


🗡 LE JOURNAL PERSONNEL DE TORBEN VAASEN — les mots d’un homme qui croyait

Cuir usé. Pages jaunies. Une encre qui a coulé par endroits — trop d’humidité, ou des mains qui tremblaient.

TestSeuilRévélation
Aucun test—“An 1258 : Nous sommes trente. Déserteurs, fuyards, hommes brisés. Nous ne voulons plus tuer. Nous voulons juste vivre.”
Empathie10”An 1260 : Mon fils est né. Érik. Il ne connaîtra jamais les champs de bataille. Je le jure.” — La page est ondulée à cet endroit précis. Une larme ancienne.
Perspicacité14”An 1265 : Nous avons payé le cartographe Vladek 50 couronnes pour oublier notre village. C’est de la corruption. Mais c’est le prix de notre paix.” — Torben savait exactement ce qu’il faisait. Et il l’a fait quand même.

Dernière entrée (il y a 2 jours, écriture hésitante) :

Une créature s’est échouée. Des mercenaires sont arrivés le soir — la tour brisée des Sans-Noms sur les avant-bras. Secret de polichinelle. Ils proposent un marché : nous les aidons à récupérer quelque chose dans la bête, et nous pouvons la dépecer après.
J’ai regardé Érik ce soir. Il a dix ans. Il ne sait pas ce qu’est une épée.
Je pense que c’est un mauvais marché mais la majorité a parlé.

Monologue intérieur (Enragé)

La tour brisée des Sans-Noms. Vos tatouages. Cet homme vous a vus arriver avec vos visages durs et vos outils de boucher, et il a dit oui parce qu’il avait un fils de dix ans qui ne savait pas ce qu’est une épée. Il a fait confiance à des gens comme vous pour protéger des gens comme lui. C’est le genre d’erreur que les innocents font.


🗡 LE COFFRE-FORT — la mémoire collective d’un peuple

Dans le mur derrière le bureau, dissimulé derrière une carte grossière clouée au plâtre. Serrure à deux pênes.

TestSeuilRévélation
Crochetage14Le coffre s’ouvre.
Fouille (sur le gamin)6Une clé au bout d’un cordon de cuir autour du cou. Torben avait confié la clé du coffre à son fils, l’enfant à la toupie près du port.

Contenu : 300 couronnes en pièces mixtes. Un contrat avec un cartographe nommé Vladek — preuve de corruption, mais surtout preuve de désespoir. Une carte dessinée à la main “Refuge de Pierre Grise – 15 km SE”

Choix — Les 300 Couronnes

  • Option A : Prendre l’argent. Survie pragmatique. +300 couronnes. Ces 300 couronnes représentent douze ans d’économies collectives — si les joueurs rejoignent les villageois au Refuge de Pierre Grise, Torben le saura. La blessure est proportionnelle à la perte.
  • Option B : Laisser l’argent. Intégrité à coût personnel. Les joueurs partent sans ressources. Mais au Refuge, Torben leur accordera une confiance initiale différente — un homme qui a construit sa vie sur la méfiance reconnaît quelqu’un qui n’a pas volé.
  • Option C : Prendre moins de 50 couronnes. Torben haussera les épaules. Il comprend la nécessité. Mais il regardera quand même l’emplacement vide dans le coffre avec quelque chose dans les yeux qui n’est ni de la colère ni du pardon.

🗡 LE COMPENDIUM DE RISSBERG — le livre qui n’aurait pas dû être là

Sur l’étagère — entre un traité de pêche et un almanach des marées — un volume qui n’a rien à faire là. Il se détache des deux autres avec une insolence silencieuse, comme un mot grossier dans une prière.

Compendium des Mutations Structurelles — Académie de Rissberg, An 1255.

TestSeuilRévélation
Observation12La reliure craque à l’endroit d’un marque-page improvisé — une plume de corbeau. La page marquée décrit une procédure d’amnésie chimique. Dans les marges, une écriture précise, ancienne : “Protocole 7. Sujet survivant. Identité compromise. Voir Haern Caduch.”
Connaissance12Ce livre a été placé ici intentionnellement. Torben n’aurait jamais possédé un ouvrage académique de Rissberg. Quelqu’un est entré dans cette maison avant vous et a laissé ce volume comme un message ou comme un avertissement.
Alchimie16Le Protocole 7. Vos doigts parcourent les pages avec une familiarité qui n’appartient pas au présent. Vos mains ont feuilleté ce document des centaines de fois. C’est le protocole qui vous a été appliqué.

Monologue intérieur (Alchimiste)

Idarran d’Ulivo. Le nom flotte en marge de plusieurs pages — superviseur, référent théorique, signataire de certains protocoles. Il remonte des abysses de votre mémoire comme un cadavre à la surface d’un lac gelé. Un collègue ? Un mentor ? Il vous regardait avec la froideur de quelqu’un qui regarde du matériau brut et voit des possibilités.

Monologue intérieur (Archiviste)

Vous avez documenté le Protocole 7. Vous étiez de l’autre côté. Vous teniez le registre pendant que quelqu’un d’autre subissait ce qui vous est maintenant arrivé. Et vous l’avez fait avec le même soin méticuleux que Torben listait ses habitants — en croyant peut-être, vous aussi, que vous aimiez vos sujets.


Scène 3 : L’Église de Melitele

L’église est le seul bâtiment en pierre du village. Porte en chêne à ferrures rouillées, ouverte. L’air à l’intérieur est immobile — la pierre garde le froid avec la même loyauté qu’elle garde la chaleur en été. Une statue de Melitele taillée dans un bois local par des mains non expertes vous regarde avec des yeux peints trop grands.

Des couvertures abandonnées. Des provisions éparpillées. Une bougie qui a coulé longtemps avant de s’éteindre, formant une flaque de cire durcie en forme d’une chose qui ressemble presque à une main tendue vers l’autel.


🗡 LA BIBLE DE MELITELE — les conversations avec le texte

Un livre épais, relié en cuir de phoque, posé ouvert sur l’autel. Les annotations dans les marges ne sont pas des notes de lecture — ce sont des réponses au texte, des disputes théologiques menées seul dans le froid.

TestSeuilRévélation
Éducation6Les annotations sont d’une main cultivée, précise. Pas la main d’un prêtre autodidacte — la main d’un érudit. La même partout dans le livre depuis des années.
Empathie10Une annotation au chapitre sur la guérison : “Melitele dit que la guérison commence par l’acceptation de la blessure. Mais la blessure que j’ai infligée peut-elle être acceptée ?” — Ce n’est pas une question rhétorique. C’est une supplique.
Connaissance14La rigueur académique de ces annotations, la terminologie utilisée sur certains passages concernant les mutations et les âmes divisées — cet homme a une formation de mage ou d’alchimiste. Un érudit qui a fui son propre savoir pour vivre parmi des pêcheurs.

Monologue intérieur (Alchimiste)

“La blessure que j’ai infligée.” Vous lisez cette phrase trois fois. Elle pourrait être la vôtre. Elle est la vôtre, peut-être — vous ne savez plus quelles blessures vous avez infligées, mais votre corps porte les outils pour en infliger. Et quelqu’un dans cette église a passé des années à essayer de comprendre si l’on peut se pardonner des choses dont on se sait être coupable.


🗡 LE MÉDAILLON DE RISSBERG — l’aveu posé sur l’autel

Un disque de laiton gravé aux armes de l’académie. Posé sur l’autel comme une offrande — ou comme quelqu’un qui dépose ce qui le définissait pour le mettre aux pieds d’une déesse de la miséricorde.

TestSeuilRévélation
Connaissance10L’insigne de l’Académie de Rissberg. Un gradué ou un professeur. Posé ici volontairement — pas oublié, abandonné.
Empathie14Le médaillon a été posé ici récemment — la poussière sur l’autel en dessous est perturbée. C’est un geste de la veille, fait par quelqu’un qui savait qu’il ne reviendrait peut-être pas, et qui voulait laisser une trace de ce qu’il avait choisi d’être plutôt que de ce qu’il avait été.

🗡 LE JOURNAL DE MAÎTRE ONDREJ — la confession en quatre temps

Relié en cuir noir. Posé délibérément face ouverte à la dernière entrée. Un acte de confession calculé — Ondrej savait qu’il écrivait pour un lecteur futur.

TestSeuilRévélation
Aucun test—Les premières entrées : reconnaissance de la créature comme œuvre de Rissberg, signature d’Idarran d’Ulivo. Neutralisation par charge de dimeritium. Arrivée des mercenaires.
Perspicacité10L’entrée du “14ème jour, nuit” décrit comment Ondrej a organisé l’évacuation. Mais il ne mentionne jamais avoir vérifié que les mercenaires étaient sortis de la bête avant de partir. Il a supposé qu’ils étaient morts.

Dernière entrée complète :

Si vous lisez ceci, vous étiez peut-être parmi les mercenaires. Votre chef vous a abandonnés. Lui-même. Sans hésiter. Il traînait deux formes enveloppées de bâches et quand je lui ai demandé où étaient ses hommes, il m’a dit : “Ils ont eu un accident.” Le ton d’un homme qui clôt un dossier.
Kaspar le Froid coordonnait votre groupe. Si vous vous souvenez de ce nom, sachez qu’il vous a utilisés comme consommables — des outils jetables après usage, comme les gants chirurgicaux d’un alchimiste.
Suivez la carte vers le Refuge de Pierre Grise. Les villageois vous accueilleront peut-être. Ou peut-être pas — cela dépend de ce que vous avez été pour eux.
Que Melitele vous protège. Bien que je doute que vous l’ayez méritée.

Monologue intérieur (Archiviste, sur la phrase “des outils jetables”)

Des outils jetables, consommables. Vous avez consigné ce terme dans des rapports. “Ressources humaines de niveau consommable.” C’était le vocabulaire administratif de Rissberg pour les sujets dont la valeur à terme était nulle. Vous avez écrit ça. Au propre. En plusieurs exemplaires. Et maintenant quelqu’un d’autre l’a écrit sur vous.


🗡 LE COFFRE DE MÉDICAMENTS — ce que l’on referme derrière soi

Dans un recoin derrière la statue, un coffre de bois simple fermé mais non verrouillé.

TestSeuilRévélation
Fouille8Herbes, bandages, fioles médicinales étiquetées. Et coincée sous les fioles, une lettre personnelle.
Aucun test—La lettre : “À Idarran d’Ulivo — J’ai quitté Rissberg parce que j’avais compris ce que nous faisions. Pas ce que nous pensions faire. Mais ce que nous faisions vraiment : traiter des êtres vivants comme du matériau brut. Tu m’as regardé comme on regarde quelqu’un qui ne comprend pas les chiffres. Si ta créature a échoué ici, c’est soit un malheureux concours de circonstance soit le résultat d’un plan méticuleux. Je préfère croire en ma mauvaise étoile… Ondrej.”

Monologue intérieur (Alchimiste)

“Traiter des êtres vivants comme du matériau brut.” Idarran d’Ulivo — votre esprit tourne autour de ce nom comme une lune autour d’une planète morte. Professeur, superviseur, référent ? Quelqu’un qui vous a appris à regarder un être humain et à voir des variables. Et vous avez été un bon élève, probablement.


Scène 4 : Le Hangar Intact des Docks

À l’écart du port, le seul bâtiment conçu pour résister — non pas aux hommes, mais à la tempête. Planches épaisses, porte renforcée de métal. L’odeur à l’intérieur : cuir huilé, métal froid, et une note chimique presque médicale qui vous prend à la gorge avec une familiarité troublante.

Vos sacs de voyage, contre le mur du fond. Soigneusement rangés. Même sans mémoire, quelque chose en vous reconnaît ces objets — pas comme on reconnaît un visage, comme on reconnaît la prise d’une main sur une poignée saisie des milliers de fois.


🗡 LES ARMES AUX ARMOIRIES EFFACÉES — l’identité grattée

Épées longues de qualité mercenaire. Armures de cuir renforcé. Arbalètes. Boucliers.

TestSeuilRévélation
Artisanat10Les armoiries n’ont pas été effacées par l’usure. Elles ont été grattées — outil précis, travail patient. Quelqu’un a pris le temps d’effacer votre identité visuelle avant la mission. Ce n’est pas une précaution d’amateur.
Perspicacité14Sur l’une des épées, sous l’armoirie effacée, la pression de la gravure initiale est encore visible dans le métal : contours d’un ours dressé. École de l’Ours. Un sorceleur parmi vous.

Monologue intérieur (Enragé, sur l’ours gravé)

Vos doigts passent sur les contours effacés. L’ours. Haern Caduch. Ces mots remontent comme des bulles d’air dans de l’eau noire — sans image attachée, sans contexte, juste le poids émotionnel brut d’un endroit qui vous a fait ce que vous êtes. Froid. Pierre. Douleur apprivoisée jusqu’à devenir une ressource. Vous avez été fabriqué dans un endroit comme ça.


🗡 LA PIERRE À AIGUISER — la mémoire du geste

Posée sur le rebord de la fenêtre, une pierre à aiguiser creusée par les années. Couverte d’une fine poussière métallique. Elle n’attend pas d’être rangée — elle sait qu’elle a terminé son office.

TestSeuilRévélation
Artisanat10L’angle d’usure de la pierre est inhabituel — il correspond à une lame courte et courbe. Un outil de découpe, pas une épée de combat. Une lame faite pour travailler sur ce qui est déjà mort.
Perspicacité10Celui qui a aiguisé ici l’a fait de manière mécanique, répétitive, pendant des heures. L’action d’un homme qui vide son esprit avant une boucherie.

Monologue intérieur (Enragé ou Rapide)

Vos doigts se referment sur la pierre. Elle épouse le creux de votre paume avec une perfection obscène. C’est vous qui étiez assis là, face au vent glacé. Vous vous souvenez du son — pas comme un souvenir, comme une résonance dans vos tendons : shhh, shhh, shhh. L’acier contre le grès. Vous vous prépariez à découper quelque chose de gros.


🗡 LES OUTILS DE DÉMANTÈLEMENT — le langage des mains

Étalés sur une bâche de cuir avec un soin professionnel :

Scies chirurgicales en acier de Mahakam. Crochets de boucher articulés. Pinces à os avec mécanisme de levier. Fioles d’embaumement. Masques contre les miasmes. Housses étanches pour transport de cadavres.

TestSeuilRévélation
Médecine10Ces outils ne servent pas à tuer. Ils servent à traiter ce qui a déjà été tué — à en modifier l’apparence, à en faire dire à un cadavre ce qu’il n’a pas vécu. C’est de la thanatopractie criminelle.
Observation14Sur la bâche, une disposition trop précise pour être hasardeuse. Ces outils ont été rangés dans un ordre opératoire — une séquence de travail. Comme si la main qui les a rangés répétait mentalement les étapes d’une procédure.

Monologue intérieur (Intelligent — l’Alchimiste)

Vous reconnaissez l’ordre de déposition. Étape 1 : découpe primaire. Étape 2 : extraction des projectiles ou des lames. Étape 3 : reconfiguration des blessures. Étape 4 : scellement et préservation. Vous connaissez cette séquence. Vous l’avez enseignée peut-être, ou apprise dans un contexte que vous refusez de laisser remonter complètement.


🗡 LA FIOLE “TEMPÊTE NOIRE” — le monstre en flacon

Sur l’une des pinces à os, accrochée par un cordon de cuir, une fiole en verre épais. Étiquette en mauvais état : “Tempête Noire”. Au fond, un résidu noir-violet cristallisé.

TestSeuilRévélation
Observation10La fiole a été utilisée — le résidu est ancien. Elle a servi à autre chose avant de finir accrochée là comme une amulette ou un aide-mémoire.
Alchimie14Base de sang de Fielleux mélangé à essence de Noyeur alpha — combinaison interdite dans les milieux académiques traditionnels. Cristaux de dimeritium sublimé pour ancrer les mutations temporaires dans les tissus. La Tempête Noire décuple temporairement la force physique et supprime les inhibitions neurologiques — le corps peut exercer 100% de sa puissance musculaire sans que le cerveau ne bride les mouvements pour protéger tendons et os.
Alchimie18La signature chimique du résidu correspond à une formule de Rissberg — plus spécifiquement au style d’Idarran d’Ulivo, à qui l’on attribue plusieurs mutagènes de combat extrême utilisés illégalement pendant les guerres du Nord.

Monologue intérieur (Enragé — le Sorceleur)

Vos mains. Vous regardez vos mains à nouveau. Les cicatrices sur les articulations — elles ne ressemblent pas à des blessures reçues. Elles ressemblent à des blessures données. L’os d’une mâchoire humaine laisse une empreinte particulière sur les phalanges. Vous savez ça. Vous ne savez pas comment vous le savez. Et la fiole vide sur ce crochet ressemble de manière troublante à une explication que vous ne voulez peut-être pas entendre.


🗡 LA LETTRE DE MAÎTRE C. — la bureaucratie du crime

Glissée dans une enveloppe de cuir souple, signée à l’encre noire d’une seule lettre.

TestSeuilRévélation
Aucun test—La mission en quatre phases : extraire les corps, détruire toutes traces, “supprimer les témoins gênants”, transporter les cadavres vers les Marais de Varnhagen. Signé “Maître C.”
Éducation10La plume utilisée est une plume d’académie — les maîtres de Rissberg écrivent avec ce type de pointe. La couleur de l’encre est une signature spécifique à certains ateliers alchimiques du Nord.
Perspicacité14”Supprimer les témoins gênants.” Cette phrase est entre “Détruire toute trace” et “Transporter les cadavres”, posée avec la neutralité bureaucratique d’un homme qui a oublié depuis longtemps que les témoins gênants sont des gens. Cette lettre a été écrite par quelqu’un pour qui l’ordre des tâches opératoires a plus d’importance que leur nature.

Monologue intérieur (tous les PJs, obligatoire)

Ces outils de boucher. Cette lettre froide. Ce tatouage sur votre poignet. Vous n’étiez pas des victimes dans cette histoire. Vous étiez des exécutants. Des instruments bien huilés d’une machination que vous n’avez peut-être pas entièrement comprise — mais que vous avez acceptée. Vous avez pris l’acompte. Vous avez rangé vos outils dans l’ordre opératoire. Vous étiez prêts.


🗡 LA CARTE PERFORÉE — l’attente du cavalier

Clouée par un stylet noir sur le bord de la caisse, une carte de la région. Elle n’a pas été consultée pour préparer un voyage — elle a été griffonnée dans l’urgence. Une ligne noire lourde trace un chemin depuis Skarsgård droit vers le sud : les Marais de Varnhagen. La plume a appuyé si fort qu’elle a déchiré le vélin.

TestSeuilRévélation
Pistage6Cet itinéraire ne suit pas la route principale. Il coupe à travers les tourbières gelées. Le chemin qu’on prend quand on fuit avec une cargaison qu’on ne veut pas montrer aux patrouilles.
Perspicacité10Une tache de graisse de charron sur le coin de la carte. L’homme qui étudiait cette carte venait de graisser les essieux d’une charrette. Lui-même, sans déléguer.
Géographie14Le “X rouge” au cœur des marais : cabane de chasse d’Ulrich de Varnhagen, seigneur de la région.

Scène 5 : Les Signes Précurseurs

Pendant que les PJs explorent et absorbent ces révélations, le monde se rappelle à eux avec une patience qui ressemble à de l’indifférence.


🗡 LES POISSONS SÉCHÉS — les témoins qui se balancent

Sous les auvents, les poissons séchés pendent aux crochets. Ils se balancent dans le vent avec la régularité d’un pendule — ou d’un condamné.

TestSeuilRévélation
Attention6Les poissons sont parfaitement séchés, correctement espacés. Ce travail a été fait il y a plusieurs jours, bien avant la panique. La vie ici avait une routine.
Pistage10Sous certains crochets, des traces fraîches dans la neige — quelque chose de plus petit qu’un homme a reniflé ces poissons récemment. Rat ? Renard ? Les crochets du fond ont été décrochés puis recrochés maladroitement.

Premiers indices (après 30-45 minutes d’exploration) :

Le ciel au-dessus de la carcasse n’est plus gris. Il est noir. Des centaines de corbeaux et de mouettes en spirales serrées — trop disciplinées pour des charognards normaux. Quelque chose dans leur mouvement ressemble à une respiration collective.

Test Perception DD 14 :

Les nuées d’oiseaux ne tournent pas au hasard. Elles suivent un courant chimique invisible — les ferments de décomposition de la bête, portés par le vent. Ce signal porte sur des dizaines de kilomètres.


🗡 LES BOLS FIGÉS — la nature morte de la panique

Dans les maisons traversées, les bols de ragoût ont gelé dans les écuelles. La fuite des clients pétrifiée en une nature morte écœurante.

TestSeuilRévélation
Médecine10La glace qui recouvre certains bols est différente selon les tables — plus épaisse, plus ancienne sur certaines. Les familles ne sont pas toutes parties en même temps. Il y a eu une vague de départ précoce, puis une deuxième plus paniquée.
Pistage14La deuxième vague de départ a eu lieu de nuit — les traces dans la neige autour de certaines portes montrent des pieds nus. Des gens réveillés en urgence et partis sans prendre le temps de se chausser.

Deuxièmes indices (après 1 heure) :

Depuis la mer — des sons. Le vent dans les rochers, d’abord. Mais le vent ne répond pas à lui-même. Des appels. Aigus, inhumains, avec cette qualité mouillée et gargouillante que seules des gorges accoutumées à l’eau peuvent produire.

Test Monstres DD 10 : Noyeurs. Ils vocalisent quand ils se coordonnent. Au moins trois voix distinctes, probablement plus.

Troisièmes indices (après 1h30) :

À la lisière des premières maisons côté collines, dans la neige fraîche : des traces. Quadrupèdes. Griffes larges. Gueules proches du sol — une meute qui rôde et qui attend. Au minimum six. Probablement davantage derrière.

Test Monstres DD 10 : Goules. En meute suffisante, elles deviennent coordonnées d’une façon qui n’est pas naturelle pour des charognards. Quelque chose dans les ferments chimiques de la bête les excite anormalement.


Scène 6 : Le Choix du Départ

La convergence.

Du rivage émergent des silhouettes humanoïdes. Peau verdâtre et gorgée d’eau, dos voûtés, griffes translucides comme de la chitine mouillée. Des collines descend une meute — dos bosselés, gueules béantes, dents conçues non pas pour tuer mais pour déchirer ce qui est déjà mort. Sauf que mort et vivant, ce soir, est une distinction que leurs systèmes olfactifs ne font plus.

Temps estimé avant encerclement complet : 15-20 minutes.


🗡 LES ORNIÈRES DU CHARIOT — la piste de Kaspar

Dans la neige, les ornières du chariot de Kaspar. Profondes, régulières, lourdes — un homme qui sait où il va et qui ne doute pas. Six heures d’avance. Direction sud.

TestSeuilRévélation
Pistage6Les ornières sont celles d’un chariot chargé d’un poids important. Deux silhouettes sous des bâches, d’après les déformations de la toile.
Pistage12Le cheval était ferré à neuf — les empreintes sont nettes, régulières. Pas un animal en fuite, un animal préparé. Kaspar avait organisé ce départ avant que la situation ne dégénère.

Choix binaire ④ — La Route

Quatre options. Elles s’excluent. Le temps presse.

Option A : Fuir au nord-est vers le Refuge de Pierre Grise (carte d’Ondrej)

15 kilomètres. Terrain difficile. Les goules descendent des collines — mais pas encore sur cet axe. Ondrej est là-bas. Torben est là-bas. Les témoins gênants que vous deviez supprimer sont là-bas, vivants, dans un refuge que vous connaissez maintenant.

Risque : rencontre garantie avec des innocents que la mission vous demandait d’éliminer. Ce que vous ferez de cette rencontre définira qui vous avez décidé d’être.

Option B : Fuir au sud vers Kaspar (ornières dans la neige)

Route dégagée — les nécrophages convergent depuis le port et les collines, pas depuis le sud. Kaspar a six heures d’avance mais son chariot est lourd. Rattraper Kaspar, c’est retrouver quelqu’un qui sait qui vous étiez. C’est aussi retrouver quelqu’un qui vous a calculés comme consommables.

Risque : approcher un professionnel qui vous a déjà abandonnés une fois et qui sait ce que vous êtes capables de faire.

Option C : Se barricader dans l’église

Pierre. Porte en chêne ferrée. Bandages dans le coffre de Melitele. La statue aux grands yeux peints qui vous regarde depuis son socle en bois maladroit.

Risque : tenir plusieurs heures contre des vagues croissantes. Les goules peuvent gratter la pierre. Les noyeurs peuvent attendre. Et entre chaque assaut, il n’y aura rien d’autre à faire que de relire les journaux et les registres posés sur l’autel.

Option D : Incendier la carcasse

La créature est encore pleine de fluides alchimiques. Un incendie violent créerait un signal chimique concurrent — les nécrophages se concentreraient sur la flamme et la charogne brûlante, donnant une fenêtre de fuite.

TestSeuilRévélation
Alchimie12Faisable — avec les bons outils, dont vous disposez. Les poches de méthane et les organes alchimiques encore actifs peuvent être déclenchés en chaîne.
Alchimie16L’explosion sera plus importante que prévu. Le rayon de souffle peut atteindre 40-50 mètres. Et les vapeurs dégagées par la combustion des fluides alchimiques sont toxiques pour les poumons humains sur 100-150 mètres selon le vent.

Risque : potentiellement suicidaire si les PJs sont trop proches. Et l’explosion sera visible depuis des kilomètres — des kilomètres dans toutes les directions.


Épilogue : La Fuite ou le Siège

Il y a douze ans, au crépuscule de la Première Guerre du Nord, une trentaine d’hommes épuisés ont trouvé cette crique. Déserteurs de toutes les armées — Nilfgaard, Temeria, Redania — fuyant l’horreur des champs de bataille où les mages brûlaient des villages entiers pour ralentir l’ennemi. Ils n’étaient pas des lâches. Ils étaient des hommes qui avaient vu trop de mort, trop de massacres inutiles. Des pères qui voulaient rentrer chez eux. Des fils qui refusaient de mourir pour des rois qu’ils n’avaient jamais rencontrés.

Dans cette crique balayée par les vents glacés de la toundra de Talgar, ils ont bâti Skarsgård. Un refuge loin du monde et de sa folie. Ils ont pêché, élevé quelques chèvres, cultivé ce que la terre gelée voulait bien leur donner. Quarante âmes vivaient ici dans une paix fragile.

Jusqu’à ce qu’une abomination s’échoue sur leur rivage — traînant dans son sillage quatre mercenaires amnésiques, une mission froide comme du métal, et la violence qu’ils avaient mis douze ans à fuir.


Résolution A : Fuite Réussie

Les poumons en feu. Jambes tremblantes sur la neige. Derrière vous, les hurlements montent — les nécrophages ont découvert le village vide, ou presque vide, et l’odeur de chair récente laisse sur la neige une piste que vous ne pouvez pas effacer.
Skarsgård s’éloigne. La carcasse fume encore, comme un autel sacrificiel entouré de ses adorateurs putrides.

Si fuite vers le Refuge de Pierre Grise (Nord-Est) :

La carte d’Ondrej est précise. Quinze kilomètres. Les traces de centaines de pas dans la neige — femmes, enfants, vieillards — vous guident comme une promesse ou une accusation. Ces gens vous attendent peut-être. Ou peut-être ont-ils entendu parler des mercenaires tatoués et préparent-ils quelque chose de différent. Dans la poche de l’un de vous, le poids d’une toupie en bois, de 300 couronnes volées ou d’un registre intact pèse plus lourd que l’acier de vos épées.

Si fuite vers les Marais de Varnhagen (Sud) :

Les ornières du chariot de Kaspar. Profondes, régulières — un homme qui sait où il va et qui n’hésite pas. Il a six heures d’avance. Il transporte les corps. Dans quelques heures, il sera aux Marais, et une mise en scène soigneusement construite accusera le Baron Ulrich de deux meurtres. Chaque pas que vous faites vers le sud vous rapproche de la vérité sur vous-mêmes, mais vous éloigne de la possibilité d’être quelqu’un de meilleur.


Résolution B : Siège dans l’Église

Les créatures encerclent l’église. Griffes sur la pierre. Gueules qui sniffent aux joints de la porte. Dans l’obscurité, des yeux — certains à hauteur d’homme, d’autres plus bas, bougeant en synchronie avec quelque chose qui ressemble à une coordination obscène. La statue de Melitele vous regarde avec ses grands yeux peints de travers. Elle a l’air d’attendre quelque chose de vous.

Vague 1 — 1ère heure : 4 goules testent les défenses. Combat défensif. Objectif : tenir sans prendre de blessures graves.

Vague 2 — 2ème heure : 5 noyeurs attaquent en coordination. Ils utilisent leur masse pour peser sur les barricades.

Vague 3 — 3ème heure : Assaut coordonné final, 8 à 10 créatures simultanées. Les PJs doivent décider soit de tenir jusqu’à l’épuisement total de la meute, soit de tenter une percée sacrificielle.

Entre chaque vague, 20 à 30 minutes de calme relatif. Assez pour soigner les blessures, renforcer les barricades brisées, ou — si quelqu’un a pensé à prendre les journaux d’Ondrej et de Torben — lire à voix haute, dans l’obscurité, les mots des hommes que vous avez contribué à ruiner.

Alternative MJ : Après 6 à 8 heures de siège, à l’aube naissante, les nécrophages, repus des cadavres laissés sur le port, commencent à se disperser dans les collines. La lumière du jour offre une fenêtre de fuite — glaciale, épuisante, mais réelle.


Résolution C : L’Incendie de la Carcasse

L’explosion est sourde d’abord, un grondement profond dans les entrailles de la bête, suivi d’une détonation qui souffle les vitres restantes des maisons voisines. Une colonne de feu vert-de-gris et jaune malade monte dans le ciel arctique, illuminant la nuit d’une clarté de fin du monde.
Les hurlements des nécrophages changent instantanément de registre. La panique animale remplace la faim coordonnée. Le nuage toxique vous force à couvrir vos visages avec les masques en cuir trouvés dans le hangar.

La chaleur brûle vos visages à travers le cuir. Vous fuyez avec le feu dans le dos. La détonation et l’incendie alchimique sont visibles à des lieues à la ronde. Quiconque patrouille la côte ou les collines sait désormais que Skarsgård existe — et que Skarsgård brûle. Vous avez effacé les preuves de Rissberg, détruit les indices du port, mais vous venez d’allumer un phare qui attirera le monde entier vers l’utopie secrète de Torben.